Phantom Thread: de fil en aiguille

Phantom Thread est présentement à l’affiche à Montréal en version originale anglaise au Cineplex Forum.

Crédit photo : Phantom Thread
Phantom Thread: de fil en aiguille

Critique de Phantom Thread

La sortie d’un nouveau film de Paul Thomas Anderson est un événement qu’on se doit de chérir. L’Américain derrière Boogie Nights, Magnolia, There Will Be Blood, The Master et j’en passe alignait les réussites absolues jusqu’à Inherent Vice en 2014 qui est un peu tombé à plat. Après cette rare maladresse, les cinéphiles attendaient avec impatience sa prochaine œuvre. Une réunion avec le vénérable Daniel-Day Lewis, l’un des plus grands acteurs de notre époque, laissait présager des feux d’artifices.

Dans le drame historique Phantom Thread, un exigeant couturier de renom et sa muse, une serveuse indocile, participent à un redoutable bras de fer émotionnel à Londres dans les années 50.

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Crédit photo : Phantom Thread

Un dernier tour de piste

Si c’était bel et bien le chant du cygne pour le maintes fois oscarisé Daniel Day-Lewis, sa dernière performance en est une de haut calibre. Capable de jouer des personnages plus grands que nature, l’Anglais nous livre un Reynolds Woodcock plus mesuré, plus contenu. La méconnue Vicky Krieps assure la réplique avec assurance, tout comme Lesley Manville et sa glaciale Cyril. Les spectateurs qui apprécient les subtilités du jeu d’acteurs au cinéma en auront pour leur argent.

Phantom Thread rappelle par moment Rebecca d’Alfred Hitchcock dans sa présentation, mais également certains films de Stanley Kubrick par sa minutie doublée d’une photographie à couper le souffle. Il n’y aucun faux mouvement dans la caméra, aucune maladresse dans la montée dramatique. Peu importe notre appréciation globale, il faudrait être de bien mauvaise foi pour ne pas se rendre compte du travail de maître qui a été accompli derrière l’image.

Il est important de mentionner au passage la qualité des costumes et surtout de la trame musicale signée Jonny Greenwood (connu surtout comme le guitariste et claviériste du groupe Radiohead). Le piano confère un côté solennel au film, collant parfaitement à la réalisation gracieuse et élégante. Il sera difficile de trouver mieux dans ces départements dans un film de 2017.

Une agréable tension

Au cinéma, il ne suffit parfois que de placer deux forces quasi-irrésistibles dans une même pièce pour donner naissance à une intrigue brûlante. Avec des personnages entêtés comme Reynolds et Alma, le drame et les conflits se génèrent par eux-mêmes. La tension installée, bien qu’elle subsiste tout au long du film, ne pourrait pas être décrite comme étant désagréable. On prend un malin plaisir à suivre leur joute verbale bien souvent incisive, tout comme on s’égaye à en imaginer les conséquences.

Le cinéaste américain démontre que lenteur ne rime pas toujours avec lourdeur. L’univers de la mode et le rythme pourraient néanmoins déplaire à un certain auditoire. Subtilement subversif, délicatement pervers, Phantom Thread s’inscrit parmi ses meilleures offrandes, démontrant une fois de plus qu’il est l’un des grands de sa génération.

9/10.

Phantom Thread est présentement à l’affiche à Montréal en version originale anglaise au Cineplex Forum.