Rencontre avec Pierre Friquet, réalisateur de Patterns.

Imaginez-vous pénétrer dans un univers organique en mouvement qui vous aurait avalé vivant...

Patterns, l'entretien.
Crédit photo: Patterns
Rencontre avec Pierre Friquet, réalisateur de Patterns.

Ce n’est plus un secret pour personne, je suis un grand fan de la SAT (Société des Arts Technologiques), où j’ai eu, entre autres, la chance de découvrir un extrait de «Aqua Khoria» et plein d’autres événements passés et à venir dans cet endroit atypique à Montréal ! La SAT a pour particularité d’avoir sa «Satosphère», une salle de projection en forme de bulle que l’on pénètre et dont on ne ressort pas toujours indemne, c’est d’ailleurs ce que je m’en vais vous reporter aujourd’hui.

Découverte de l’œuvre

Imaginez-vous pénétrer dans un univers organique en mouvement, qui vous aurait avalé vivant et dont vous découvrez la muqueuse interne en évoluant dans un immense espace fermé où les dimensions sont inversées et où vous perdez tout sens de l’orientation dans un sentiment enivrant de flottement et d’inconnu.

Et ceci n’est que l’attente préprojection! Une fois repris vos repères, vous vous frayez un chemin parmi les autres spectateurs, vous vous installez confortablement au sol dans les énormes coussins moelleux… et c’est seulement là que commence réellement le voyage vers l’inconnu!

Patterns à la SAT
Patterns à la SAT – Copyrights : Sébastien Roy

Imaginez-vous dans l’esprit de Walter, un homme qui se sent envahi d’un sentiment étrange de possession et qui décide de se faire hypnotiser pour essayer de comprendre ce qui lui arrive. Vous vous retrouvez donc allongé dans une salle, face une femme qui va vous aider à sonder les abîmes de vos pensées… Et ce sera la dernière vision «normale» pour le spectateur!

Dès le moment où Walter fermera les yeux, un déluge d’images, de souvenirs et de visions étranges défileront devant vous. Tantôt traumatisantes et traumatisées, tantôt psychédéliques. Un voyage vers l’inconnu qui vous mettra mal à l’aise malgré le confort de votre coussin, mais qui vous rendra délicieusement dépendant à cette sensation de voyeurisme dans les souvenirs du personnage.

Tout cela n’est pas sans raison, il y a une histoire, une histoire vraie que le réalisateur Pierre Friquet nous raconte à travers une approche nouvelle, immersive et bientôt interactive.

Rencontre avec Pierre

Pierre Friquet
Pierre Friquet – Copyrights : Sébastien Roy

YULorama : Bonjour Pierre, pour ceux qui ne te connaissent pas ou peu, peux-tu te présenter ?

Pierre Friquet : J’ai grandi en Alsace. J’ai toujours voulu faire du cinéma, mais j’ai zigzagué jusqu’à mes 18 ans entre la peinture, la photo et la musique, pour ensuite quitter la France et rejoindre la FTII (Film and Television Institute of India), un lieu magnifique que je considère comme chez moi!

On avait la chance d’avoir des moyens extraordinaires, une véritable armée du cinéma ce qui m’a permis de tourner dans plein de quartiers et milieux sociaux différents. Six années intenses.

Comment en es-tu arrivé à la VR ?

Après mon école, je me suis envolé pour l’Afrique du Sud. J’avais entre-temps découvert la VR (réalité virtuelle), mais également expérimenté des rêves lucides à plusieurs reprises et même développé des techniques pour les contrôler, ce qui m’a conforté dans ma curiosité d’explorer la VR et l’immersion dans une histoire.

Pour moi, l’immersion est avant tout une idée, un rêve avant d’être une technologie et «le cinéma actuel c’est la préhistoire de la VR» (citation de Alejandro Jodorowsky). 

L’Inde m’a d’ailleurs beaucoup apporté de par son esthétique et sa civilisation, sa peinture et ses «miniatures» (forme de perspectives biaisées) des tableaux narratifs où l’histoire et justement racontée par immersion dans l’image.

Et comment se sont concrétisés tes projets ?

Au fur et à mesure de mes tests, j’ai trouvé des producteurs et du financement pour mes projets. C’était en 2012. J’ai ensuite été heurté aux limitations technologiques, mais surtout à «l’ouverture» par rapport à ce format.

Comme ce n’était pas le casque que je visais, mon approche inhabituelle et hors des sentiers battus du cinéma traditionnel m’a malheureusement valu beaucoup de portes fermées et un ralentissement dans le développement de mes projets.

Une rencontre a cependant été un tournant en 2015, avec Ando Shah, un grand curieux de la VR qui a beaucoup voyagé et travaillé avec des caméras jusqu’à développer un système 360°. Notre rencontre est arrivée au bon moment, car on était tous les deux sur le point d’abandonner les projets en VR, mais on a finalement eu la chance d’avoir du financement, ce qui a donné Jet Lag, film qui a finalement beaucoup voyagé et reçu plusieurs récompenses.

On a également travaillé sur Vibrations, un film documentaire 360 sur un terrible tremblement de terre au Népal. Film qui m’est cher.

Ce qui nous mène donc à Patterns.

Oui, Ando et moi avons travaillé sur ce projet dans le cadre de la résidence à la SAT. Tout est né de l’histoire de la résidence familiale où j’ai vécu beaucoup d’événements dans mon enfance. Une maison très graphique avec plein de textures, de «patterns» qui formaient la particularité de cette demeure.

C’était également une mémoire émotionnelle, mettant en scène l’héritage familial, mais également l’histoire de membres de ma famille.

Pourquoi ce côté horreur, finalement ?

L’inspiration Lovecraft c’était pour rajouter un genre connu, une façon d’agiter le mouchoir pour le spectateur plutôt que de simplement présenter le film comme un souvenir de famille. Mais c’est également un univers qui colle bien, car ça parle d’un monstre, qui peut être réel ou «intérieur» et réveiller des peurs personnelles.

Il faut savoir qu’à chaque fois que je fais un film, je le travaille un comme un processus thérapeutique et c’est aussi pour cette raison que j’ai raconté l’histoire de ma mère dans ce film, une façon de se libérer des poids, des secrets et des «patterns» de la famille. Un accent mis sur la contamination et la dépossession.

Une Experience
Une Experience : Patterns ! – Copyrights : Sébastien Roy

As-tu voulu faire passer un message précis avec Patterns ? 

Aucunement. Mon but n’était pas de faire passer de message ni de récolter des lauriers. Ma victoire et ma satisfaction ont été de faire le film, je l’ai vécu comme un processus de thérapie. Je suis évidemment ravi que le film fonctionne, je suis d’ailleurs présent à toutes les représentations, c’est une façon de me désapproprier le film et de voir les réactions des spectateurs.

Comment s’est passé le casting des comédiens ?

Au feeling! Je rencontrais les personnes si le courant passait bien c’était bouclé. Pas d’auditions quand on partage un même chemin spirituel et qu’on est emballé par le projet. Il n’y a d’ailleurs pas de ressemblance flagrante entre les personnages et les membres de ma famille.

Et maintenant que tu as vu le résultat, qu’en penses-tu ?

Il y a une magie qui s’est opérée ! Le film est tellement chaotique (comme processus) qu’au bout d’un moment, le résultat nous dépasse et on en finit par être un médium de canalisation, témoins de notre propre œuvre. On a d’ailleurs littéralement «découvert» le film le jour de la première, qu’on a du repousser à cause de problèmes techniques, mais je suis fier d’avoir pu travailler avec une équipe, une famille même, qui donné son maximum et ça a payé !

Merci Pierre !

Merci pour la rencontre !
Merci pour la rencontre ! – Copyrights : Yulorama.com

Calendrier de projections

Patterns est en projection à la SAT jusqu’au 7 octobre 2016.
Patterns en VR au FNC (Festival du Nouveau Cinéma) du 11 au 15 octobre 2016