Manger gratuitement à Montréal, c’est possible et accessible à tous!

Servez-vous! Redonnez au suivant!

Manger Montréal - Jardin de quartier
Jardin de quartier - intersection des rues Drolet et de Castelnau Mention de source: Rachel Carrier pour YULorama

À Montréal, on peut se nourrir gratuitement et facilement grâce à des projets innovateurs, mis sur pied et financés par des citoyens qui veulent lutter contre la faim et réduire le gaspillage alimentaire.

Des initiatives de partage

Des jardins en pleine rue ou dans des ruelles prennent vie un peu partout. Les citoyens collaborent et décident de jardiner pour eux, mais aussi pour partager les récoltes avec la communauté. Ils sèment fruits et légumes dans des espaces publics, mais certains le font aussi devant leur domicile.

Il y a aussi des frigos publics qui se multiplient et qui servent à récupérer ou à déposer des surplus de nourriture. Encore là, c’est une initiative citoyenne. Ce sont des citoyens qui fournissent les frigos, s’occupent de leur entretien et paient l’électricité. Le dumpster diving, l’action de s’approvisionner à même les poubelles des commerces, est aussi une pratique de plus en plus courante. Les surplus récupérés sont déposés dans les frigos ou à des endroits stratégiques, ce qui permet encore une fois de redistribuer l’abondance et de donner un coup de pouce à tout le monde.

Frigo des écureuils
Frigo des écureuils – ruelle entre la 1re et la 2e Avenue, près de Dandurand dans Rosemont.
Mention de source: Rachel Carrier pour YULorama

Le dumpster diving, un mode de vie

Certains dumpsters divers (plongeurs de bennes) motivés réussissent à se nourrir exclusivement avec les aliments qui proviennent des poubelles des fruiteries, des épiceries, des pharmacies. Quand on commence dans le métier, une carte des points de chute les plus connus est bien pratique. Avec le temps, on connaît les poubelles les plus généreuses et les heures de chute habituelles des commerces. Généralement, la semaine entre 17 h et 19 h, c’est un bon temps pour dumpster diver. La fin de semaine, les magasins jettent moins, alors c’est moyen. Quand on est là au bon moment, c’est assez facile de faire une partie de son épicerie sans dépenser un sou. Il suffit d’enfiler ses gants, de prendre ses pinces et de plonger. On peut tomber sur de vraies mines d’or: des poches de riz, de quinoa, du lait d’amandes, des pousses, des graines de lin, de l’huile de coco, du pain de grains entiers. Et la plupart du temps, les aliments jetés sont encore bons et emballés. Si les fruits et légumes sont amochés, on les rapporte chez soi, on les nettoie, on les coupe et on les congèle. Tout est récupérable ou presque, et beaucoup d’aliments peuvent être congelés. Il suffit d’être organisé et motivé pour faire le tri.

Dumpster Diver
Mention de source: Mathias Marchal pour le Journal Métro

Pour certains, faire les poubelles est une partie de plaisir. Ils aiment aller à la chasse aux trouvailles. C’est étonnant ce qu’on peut trouver dans une poubelle. On peut même s’alimenter bio si on privilégie les poubelles des magasins d’aliments naturels, par exemple. En adoptant les poubelles des commerces qui nous interpellent, il arrive plus fréquemment d’être ravi. Mais on fait avec ce qu’on trouve. C’est aussi la beauté de la chose, car on a l’occasion de redécouvrir des aliments qu’on n’aurait pas nécessairement achetés.

Pour d’autres, c’est tout simplement hors de question. Ils anticipent le jugement des autres et les odeurs. Certains associent cette pratique à l’itinérant qui fouille dans un tas de déchets visqueux, et cela les rebute.

Mais il faut voir plus loin. Chaque année, des millions de tonnes de nourriture sont gaspillées et des gens ne mangent pas à leur faim. Absurde réalité. Ça vaut la peine de plonger. Et si on se sent gêné, on peut le faire tôt le matin ou tard le soir quand l’affluence est à son plus bas. Même chose pour les récoltes dans les jardins.

De plus en plus de commerces collaborent. Les employés, habitués de voir des dumpsters divers, laissent parfois des caisses toutes propres de nourriture devant les gros conteneurs. Les aliments finiraient à la poubelle de toute manière et ils le savent. Mais, comme dans toute chose, il y a des récalcitrants. Certains commerçants verrouillent leurs bennes à ordures.

Faire les poubelles, c’est risqué?

Cette pratique peut comporter des risques. Alors soyez vigilant.

  • Porter des bottes et des gants épais
  • Prenez garde aux couvercles qui peuvent se refermer par mauvais temps
  • N’entrez pas sur des terrains privés
  • Munissez-vous d’une lampe
  • Éloignez-vous des produits chimiques, médicaux et des animaux morts

Redistribuer les surplus au suivant

Le groupe public Facebook Free Food For Free People est une excellente plate-forme pour connaître ou signaler les dépôts d’aliments. On peut annoncer un dépôt et publier une photo sur le groupe, à l’avance ou sur le moment, pour indiquer un dépôt de nourriture. Par exemple, «paniers de poires et sacs de farine, parc Laurier, 19 h». C’est un réseau d’entraide efficace. Les gens offrent leur aide aux novices, proposent de les accompagner avec leur voiture. Les gens se donnent des trucs, des idées de recettes. Il y a aussi des sites tels que Sauve ta bouffe et Eille la cheap! qui proposent des trucs pour moins gaspiller.

Redistribution des surplus de nourriture
Mention de source: The Huffington Post

Il arrive que des gens déposent des plats qu’ils ont cuisinés ou des surplus de nourriture dans les frigos publics, des fois même devant leur domicile. Pour les mets cuisinés, l’important est de bien inscrire les ingrédients, notamment pour les allergies, et d’inscrire la date de préparation. Il y a aussi des citoyens qui font des dons. Ils ont passé leur dimanche à trop cuisiner et offrent des portions de sauce spaghetti. Un autre exemple, leurs arbres fruitiers fournissent trop et ils proposent des pots de confiture maison. Certains donnent pour donner, tout simplement. On peut même tomber sur des articles et des objets encore utiles, pas juste sur de la nourriture.

Servez-vous tous!

Nourriture pour tous
Mention de source: Le Devoir

On produit en masse de nourriture pour nourrir tout le monde alors pourquoi en gaspiller quand elle peut être récupérée et redistribuée? S’approvisionner gratuitement, c’est pour tout le monde, même pour ceux qui ont les moyens de payer. Pour les plus démunis et les personnes ayant une situation financière précaire, c’est l’occasion de se nourrir tout court et parfois de faire des économies. Pour les plus nantis, c’est une façon de participer à l’amélioration de son milieu de vie, d’encourager une consommation responsable.

Mise en garde. Il ne faut pas compter uniquement sur ces initiatives de partage pour survivre, car les dépôts d’aliments ne sont pas constants et les jardins ne sont pas toujours remplis. Pour certaines personnes plus démunies ou itinérantes, il vaut mieux aller chercher de l’aide auprès des banques alimentaires ou des organismes de sécurité alimentaire qui ont pour mission d’aider les gens avec des besoins particuliers.

Règles éthiques

Pour que le mouvement libre-service fonctionne bien et profite à tous, soyez respectueux et pensez au suivant.

  • Ne prenez que le nécessaire et laissez-en pour les autres
  • Donnez autant que vous prenez
  • Redistribuez les surplus
  • Gardez les endroits propres et en ordre
  • Ne dérangez pas les voisins
  • N’entrez nulle part par effraction
  • Ne vendez pas la nourriture

Mouvement solidaire

La majorité des personnes qui décide de prendre part au mouvement de partage des denrées le fait avant tout pour des motivations éthiques. Les gens veulent créer un mouvement solidaire d’éducation à la consommation, permettre à tous de se nourrir et sauver les pertes. C’est l’occasion de se réunir autour d’un projet commun d’entraide, de participer à l’amélioration de notre ville, de notre quartier.

Solidarité
Mention de source: Journal 24h

Ces initiatives populaires fonctionnent sur une base d’implication volontaire de gens qui s’engagent auprès des autres. Les projets communautaires vivent, existent et se multiplient grâce à la contribution des citoyens. Il existe plus d’une formule d’aide. Certains proposent des idées et leur aide pour arroser les jardins, désherber, nettoyer les frigos, par exemple. Des groupes de citoyens soucieux d’aider les autres se forment et organisent des bouffes communautaires gratuites à partir d’aliments récupérés. Des individus redistribuent de la nourriture directement à des organismes qui viennent en aide aux plus démunis.

La culture du manger libre-service, un effet d’entraînement

Jardin communautaire Basile-Patenaude
Jardin communautaire Basile-Patenaude – Derrière le Maxi sur Masson dans Rosemont.
Mention de source: Rachel Carrier pour YULorama

Le dumpster diving, les jardins ouverts à tous, les frigos de rue sont de plus en plus populaires. À Montréal, le mouvement bat son plein. On vient même d’inaugurer une première ruelle verte comestible à Montréal, la ruelle Basile-Patenaude, située tout autour du jardin communautaire.

D’autres villes emboîtent aussi le pas et plusieurs pays prônent depuis longtemps la culture du partage alimentaire pour contrer le gaspillage. On assiste à un mouvement collectif de partage de denrées, mais aussi de biens. Les groupes Facebook de dons et d’échanges de biens comptent de plus en plus de membres.

Quelques groupes Facebook

Free Food For Free People
Frigo des écureuils gourmands
Frigo des ratons de Rosemont
Fridge de la Petite-Patrie
Fridge Amherst
Incroyables Comestibles Montréal

Jardin communautaire Basile-Patenaude
Le petit Pantagruel
RAM – Montréal 

Documentaires à voir