L’épuisement au féminin

Lorsqu’on se rend compte qu’il nous faudrait davantage de journée comme le 8 mars.

épuisement femme
Crédit photo: Maman pour la vie
L’épuisement au féminin

Ces dernières semaines, on a beaucoup mentionné dans l’actualité des femmes combattantes et inspirantes qui se sont finalement épuisées, pour diverses raisons. Des femmes ambitieuses, voulant un idéal de justice à atteindre, et qui, justement, travaillent fort à l’atteindre. Des femmes qui portent tout un combat sur leurs épaules, un très lourd combat, d’ailleurs. Ce combat de justice sociale toujours si peu atteinte, qui parfois (pour ne pas dire souvent) finit par les décourager, nous décourager.

Je pense d’abord à toutes ces nombreuses chroniqueuses montréalaises qui, constamment et violemment attaquées sur leurs prises de position dans l’actualité, ont décidé de tirer la plug parce que ça devenait trop lourd à porter de subir toutes ces attaques qui, nommons-le, en viennent à être des attaques tellement personnelles qu’elles n’ont même plus rapport avec leurs prises de position initiale.

Je pense aussi à deux chères dames députées d’un parti en position d’infériorité qui ont travaillées toutes leurs vies pour un idéal de bien commun, dont l’une s’est vue exténuée de tout le combat fait antérieurement mais aussi, surtout, de tout ce qu’il reste encore à faire, et de l’autre qui se voit actuellement victime d’une grave injustice démocratique, et à qui on met encore les bâtons dans les roues pour supprimer sa voix, probablement parce qu’elle dérange trop.

Je pense aussi à la première femme Première Ministre du Québec qui s’est vue victime d’un attentat politique contre sa propre personne, le soir même où elle a été élue, question de briser ce glorieux moment de victoire historique.

Je pense également à cette femme qui, ayant travaillé toute sa vie en politique américaine pour atteindre un idéal de justice sociale, s’est faite dire à plusieurs reprises de devenir davantage masculine ou de prendre moins de place, question d’avoir plus de crédibilité en politique, pour finalement, après plusieurs décennies de carrière, perdre ses élections contre un fou furieux raciste, misogyne et incompétent à l’emploi, parce qu’elle manquait soi-disant de « charisme ».

Je pense aussi à toutes ces femmes victimes de violence conjugale et/ou d’agressions sexuelles à qui on remet toute la responsabilité de leurs agressions sur leur dos pour toutes les raisons les plus stupides qui soient.

Je pense également à toutes ces femmes monoparentales vivant dans la pauvreté, non par choix mais par obligation puisque l’aide sociale donne des montants ridiculement peu suffisant pour seulement survivre.

Je pense aussi à toutes ces autres femmes à qui on demande de concilier travail-famille (et non pas famille-travail), à toutes celles qui se sentent débordées par obligation de suivre un rythme fou pour atteindre chacune des exigences élevées que la société attend d’elles (parce que l’égalité est soi-disant atteinte vu l’accessibilité des femmes au marché du travail), et à toutes ces petites fillettes qui subiront encore des injustices en raison de ce qu’elles portent dans leurs bobettes, car le combat de justice sociale est toujours loin d’être terminé.

Je pense à toutes les indignées de cette situation qui ne peuvent faire entendre leur mécontentement parce qu’elles sont occupées à aller travailler à un salaire inférieur à celui de leurs collègues masculins, pour ensuite aller chercher leurs enfants à la garderie, leur faire à souper, les aider dans les devoirs, les amener à leur cours de gymnastique, leur match de soccer ou de karaté, et ne pas oublier l’heure du bain et le dodo qui doit s’en suivre, pour finalement, une fois les enfants couchés, doivent se taper les tâches ménagères et le ménage de leur logis, faire les lunchs pour le lendemain, mais aussi se démaquiller et mettre de la crème de nuit à 175$ le flacon de 30 ml, pour rester jeunes et belles (c’est important!), se tenir informées en lisant un livre, mais surtout, surtout, prendre du temps pour soi… enfin, s’il en reste ! (À noter que si une seule de ces attentes ne sont pas comblées, ces femmes ne sont tout simplement rien de moins que des mères indignes qui ne méritent aucune compassion).

Je pense à ces femmes tous les jours ou presque de ma vie, et ce, même si ces battantes n’ont droit qu’à un seul « 8 mars ». Être une femme ambitieuse en 2017, c’est jongler tous les jours avec la possibilité de s’épuiser, même si on n’occupe pas un poste de direction.

Avant même la veille de la journée de la femme, et aussi après cette journée, j’aimerais qu’on pense plus tous ensemble à ces femmes combattantes qui, chaque jour, vivent des injustices systémiques, et qui, chaque jour, mettent leur santé mentale en jeu pour la simple et bonne raison d’être un individu avec un sexe perdant à la roulette hasardeuse de la vie.

Je suggère que, pour chaque femme épuisée, que nous nous mettions dix fois plus nombreuses, ensemble, pour porter le combat à relais de ces dames courageuses qui auront fait tout leur possible dans la mesure de leurs moyens, au détriment de leur santé et tellement plus.

Ensemble, faisons de chaque journée une occasion pour combattre les inégalités sociales. Et celle du 8 mars aussi.

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