La femme comme champ de bataille —Une œuvre troublante à portée universelle

Une réflexion sur le viol comme arme de guerre.

la femme comme champ de bataille
Crédit photo: Hoopand Lashka
La femme comme champ de bataille —Une œuvre troublante à portée universelle

Adaptation théâtrale de l’œuvre de Matéi Visniek, La femme comme champ de bataille propose une réflexion sur le viol comme arme de guerre. Avec un point de vue différent de l’œuvre originale, la version de Naeim Jebelli brise le binarisme entre l’Orient et l’Occident rend l’œuvre plus globale et universelle. Ne se passant pas directement dans un pays proposé, mais plutôt à l’échelle mondiale, la pièce propose une problématique qui n’a pas de frontières. Jebelli, lui-même affecté par le conflit iranien, nous fait voir la guerre comme un système global où la femme est la première victime, sujette à une violence des plus barbares et archaïques.

Contrairement à l’œuvre de Visniek, Jebelli utilise davantage la symbolique introduisant ainsi une vision plus globale, mondiale. Avec différentes techniques interdisciplinaires telles que la vidéo et l’animation, on dessine certaines pensées des personnages afin de nous permettre de bien les visualiser. Des écrans de télévision servent à symboliser les cinq continents offrant ainsi un support visuel démontrant que la guerre est un phénomène mondial.

Au plus profond de notre être

Les deux actrices, Marie-Eve de Courcy et Nora Guerch, qui interprètent respectivement Kate et Dora, habitent leur personnage d’une manière totalement convaincante. Le destin croise les deux femmes alors que Kate, psychologue américaine, tente d’aider Dora, survivante du conflit de Bosnie-Herzégovine semblait improbable, mais dont l’union servira à faire réaliser l’importance du mal du saccage du viol systémique utilisé comme arme de guerre.

la femme comme champ de bataille
Crédit photo: Hoopand Lashkari

Cependant, bien que l’on y parle amplement de cette arme servant de génocide contre les ennemis, la réelle thématique est le nationalisme agressif qui lui donne lieu aux conflits armés. Nationalisme dont les deux protagonistes sont victimes à leur façon. Dora, par la blessure intérieure du viol qu’elle a subi, mais aussi Kate, de par son pays d’origine, les États-Unis, qui comme on le sait, se flanquent le nez un peu partout dans les affaires mondiales.

Un mur sépare Kate et Dora. La première, de par son éducation des plus enviables, est une psychologue incassable… Du moins au début. Puis Dora, blessée, transforme sa douleur en colère. Avec le temps, le mur finit par tomber entre Kate et Dora, car elles comprennent que toutes deux sont absorbées par la même douleur, celle du comportement ignoble de l’homme.

L’intensité du jeu est palpable. Les longs textes sont récités avec brio et le physique est mis à dur épreuve, particulièrement au niveau du jeu de Nora Guerch qui nous fait clairement ressentir la douleur de son personnage et ce, tout au long de la pièce de deux heures. La détresse glissante que Marie-Eve de Courcy fait lentement, mais brillamment transpercer nous fait voir que même les âmes qui semblent les plus fortes peuvent elles aussi casser sous le poids des blessures.

Informations supplémentaires

Naeim Jebelli a lui-même vécu les conflits armés et désirent maintenant partager son expérience avec sa société d’accueil, le peuple québécois, à travers les pièces qu’il met en scène avec sa compagnie de théâtre Hashtpa Productions qui puise son inspiration dans les différentes cultures et communautés afin de briser les barrières physiques, psychologiques et linguistiques entre les individus.

La femme comme champ de bataille

présenté jusqu’au 5 mars

MAI (Montréal, arts interculturels)
3680, rue Jeanne-Mance
Montréal, Qc

Site web: http://m-a-i.qc.ca/fr/index.php?id=508

Bande-annonce: https://vimeo.com/198247964

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