It Comes At Night : Un « bon » film de peur ?

It Comes At Night est présentement en salle partout sur l’Île de Montréal, en version originale anglaise ou doublée en français.

It Comes At Night : Un « bon » film de peur ?

Le succès critique de Get Out en début d’année semble avoir redonné un nouveau souffle au genre horreur. Surfant sur cette modeste houle, It Comes At Night sortait en salle la semaine dernière, bénéficiant d’un battage médiatique un peu plus grand qu’espéré. Assistons-nous à une résurgence des « bons » films de peur?

La prémisse du film n’a certainement rien d’original. Un père (Joel Edgerton), sa femme et son fils de dix-sept ans tentent tant bien que mal de survivre à la venue d’un mystérieux virus qui se serait propagé à vitesse fulgurante. Derrière le voile de la nuit, la menace est omniprésente, invisible, rôdant comme des chacals.

L’intrigue fonctionne bien sur le plan scénaristique. Même au beau milieu de la vaste forêt, on se sent dans un quasi huis clos. À sa deuxième offrande, le jeune réalisateur Trey Edward Shults a déjà des airs de vétéran. Sa maîtrise des codes de l’horreur est évidente et on ressent son intention de repousser les frontières d’un genre qui peut parfois paraître limité. Les amateurs de The Thing de John Carpenter y trouveront certaines similitudes intéressantes. La tension est palpable du début à la fin, impossible de détourner le regard.

C’est avec un clair soucis d’économie que le cinéaste nous plonge dans son sombre univers. Très peu de temps est consacré à expliquer la genèse de la maladie. On effleure du coude le passé des protagonistes, mais on ne s’y attarde pas. Après tout, pour survivre, pas le temps de ressasser le passé; il faut vivre dans le moment présent.

Il n’y a rien de mal à laisser aux spectateurs le plaisir de cogiter (au contraire, cette pratique est fortement encouragée). Malheureusement, certains espaces narratifs non-comblés empêchent la germination du symbolisme du récit. On ouvre maintes parenthèses, mais on ne les revisite pas. C’est bien dommage, car le bagage allusif de It Comes At Night est copieux. Les thèmes de la dynamique familiale et des passages obligés de la vie adolescente auraient été mieux servi si les personnages étaient plus en chair. Notons aussi que les femmes du récit sont contraintes à un rôle maternel, effacé.

Tambours tribaux, instruments à cordes aux accents orientaux, sons électroniques ambiants, la musique change de registre sans effort. La trame musicale n’est certainement pas le ver d’oreille qu’est Halloween, Suspiria ou plus récemment It Follows, mais elle est drôlement étoffée et efficace.

Stanley Kubrick, Roman Polanski et Michael Haneke ont prouvé que l’horreur pouvait donner naissance à des œuvres importantes. De nos jours, les films de ce genre s’appuient beaucoup trop sur les mécanismes d’épouvantes, galvaudés et rouillés. Devant la constante reproduction de ces fac-similés filmiques dépourvus d’intérêts, tomber dans un profond cynisme est très facile. Shults est bien au fait de la recette et tente par moment d’emprunter des sentiers inhabituels. Cependant, la minceur de ses personnages ne se marie pas bien avec ses visées plus intellectuelles.

En ce qui a trait à sa compétition directe, It Comes At Night est, par contre, bien au-dessus de la mêlée.

6.5/10.

It Comes At Night est présentement en salle partout sur l’Île de Montréal, en version originale anglaise ou doublée en français.