Elsa Dorfman’s Portrait Photography: quand la photo devient éphémère

Actuellement à l’affiche au Cinéma du Parc à Montréal, en version originale anglaise.

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Crédit photo: The B-Side
Elsa Dorfman’s Portrait Photography: quand la photo devient éphémère

Critique de The B-Side: Elsa Dorfman’s Portrait Photography

« When my clients come off the elevator and I greet them in the hallway of my basement studio, I am reminded of a quote I found by Andre Breton: « Seeing you for the first time, I recognized you without the slightest hesitation» ». – Elsa Dorfman.

Aujourd’hui âgée de 80 ans, Elsa Dorfman n’a rien perdu de sa chaleur humaine. Dans The B-Side: Elsa Dorfman’s Portrait Photography, la photographe se livre à travers ses merveilleux clichés. Son travail autrefois ignoré, parfois même méprisé, a gagné en notoriété au fil des années. Spécialisée dans les portraits, ses photos ont une luminosité qui va bien au-delà de la sensibilité ISO. Ce documentaire est signé par Errol Morris.

Morris est l’une des figures les plus importantes du documentaire. Gates of Heaven, The Fog of War et bien sûr, The Thin Blue Line sont parmi ses œuvres les plus saluées. Dans The B-Side, l’Américain se sublime derrière son intéressant sujet, évitant toute forme d’obstruction. Dénudé de narration, Morris laisse à Dorfman le temps et l’espace pour se raconter. 76 minutes est une durée parfaite pour ce genre de témoignage. Après tout, feuilleter un livre de ses meilleures photographies serait sûrement un meilleur complément que d’ajouter un trente minutes supplémentaires à ce documentaire.

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Crédit photo: The B-Side

L’entrée en matière est un peu abrupte, le cinéaste assumant que l’auditoire possède une certaine familiarité avec le sujet et l’époque. Notons aussi que la conséquence de cette liberté laissée à son sujet se présente sous la forme de l’égarement. En d’autres mots, certaines anecdotes sont plutôt banales. Malgré cela, la photographe, simple et pétillante, ne perd jamais notre attention. Dorfman est l’antithèse de l’artiste pédante, prétentieuse ou torturée.

The B-Side, c’est l’histoire d’une femme, mais c’est aussi celle du Polaroid 20×24, un gigantesque appareil-photo instantané qu’Elsa Dorfman utilisa pendant des décennies. Sous les incalculables piles d’autoportraits, de photos de familles nucléaires parfaites et d’adorables vieux couples, on retrouve non seulement la nostalgie d’un temps révolu, mais aussi la terrible réalisation qu’il y a une date de péremption sur tout. Même un médium qui se veut (et se vend) intemporel ne le sera jamais totalement. Ce constat est plus que frappant lorsqu’on réalise l’obsolescence de ce procédé autrefois populaire et de la fragilité matérielle des photos prises par le 20 X 24.

Comble de l’ironie, le film de Morris lui-même, une tentative d’archivage en soi, ne pourra pas assurer une éternelle pérennité au fabuleux travail de Dorfman. Au fil des années, certaines œuvres cinématographiques sombrent dans l’oubli et disparaissent au rythme de la technologie et des nouveaux modes de diffusion. À sa modeste façon, The B-Side amène le spectateur à réaliser l’éphémérité de notre existence et, ultimement, à l’importance de la préservation de l’art.

7/10.

The B-Side: Elsa Dorfman’s Portrait Photography est actuellement à l’affiche au Cinéma du Parc à Montréal, en version originale anglaise.

(N.B. Pause la semaine prochaine, je vous reviens à la fin juillet!)