Demain matin, Montréal m’attend : Un cocktail typique montréalais

Par Cédrick Lepage, collaborateur invité

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Demain matin, Montréal m’attend : Un cocktail typique montréalais

Pour fêter le 375e anniversaire de la ville de Montréal, le TNM a décidé de présenter à sa programmation ainsi qu’à celle des Francofolies le théâtre musical « Demain Matin Montréal m’attend » écrit par notre trésor national, Michel Tremblay. La partition musicale est composée par François Dompierre, plus reconnu pour avoir composé par exemple les bandes sonores des films de Denys Arcand. Après nous avoir offert les théâtres musicaux « Des Belles Sœurs » et « Sainte-Carmen de la Main », René-Richard Cyr revient à la mise en scène de cette pièce de Tremblay. Mettant en vedette Hélène Bourgeois Leclerc, Benoit McGinnis, Laurent Paquin et la nouvelle venue Marie-Andrée Lemieux, ce spectacle est présenté du 19 septembre au 22 octobre à Montréal. 

Après le succès « Des Belles Sœurs », les attentes étaient hautes pour « Demain Matin Montréal m’attend ». La proposition de refaire un nouveau théâtre musical devait inévitablement se faire. Est-ce que le pari est relevé? Oui… en partie. Oui, si vous adorez Michel Tremblay, ne boudez pas votre plaisir, courez voir ce spectacle. C’est rafraîchissant. Tout le long de la pièce, on a le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Oui, le 1 heure 45 minutes de la pièce passe à la vitesse d’un éclair. Toutefois, on a l’impression d’un ressenti de déjà-vu, de la recette gagnante et donc, un manque de profondeur. Le côté à la fois rêveur et tragique caractérisant si bien l’œuvre de l’écrivain québécois n’est qu’effleuré, voire sous exploité.

Pourtant, il y avait tellement de place dans cette histoire racontant les périples de Louise Tétrault alias Lila Jasmin. Cette jeune femme souhaite devenir une chanteuse célèbre, comme sa sœur aînée Lola Lee, reconnue partout à Montréal dans l’univers du cabaret. Quittant son village de Saint-Martin pour s’en aller dans la grande métropole, Louise ira rejoindre son aînée afin que celle-ci lui refile ses contacts. Toutefois, Lola Lee ne désire pas partager la vedette avec sa sœur cadette. Elle ne veut point perdre son trône, après tant d’années d’efforts à y être parvenue. La chanteuse fera tout en son pouvoir pour décourager Louise et ainsi se débarrasser d’elle. Cette dernière rencontrera diverses personnages dont entre autres un journaliste à potins, une drag queen et une patronne d’un bordel. 

Il s’agit d’une critique sur le vedettariat, la recherche du succès et de la célébrité, ainsi  que les dessous, pas toujours très roses, du show-business. Dans notre époque actuelle où tout le monde peut être une célébrité en un claquement doigts, cette pièce est encore plus pertinente aujourd’hui qu’à l’époque de sa création. Que manque-t-il donc au spectacle pour véritablement nous subjuguer ?

À la base, la pièce de Michel Tremblay n’est pas la plus marquante dans son oeuvre. Elle n’a pas la montée dramatique des « Belles Sœurs », l’audace de « Albertine en cinq temps », ni la violence de « Sainte-Carmen de la Main » ou encore « Hosanna ». Cela reste une pièce légère. À mon avis, la montée narrative n’arrive jamais à une apothéose. Les personnages vivent des conflits, mais vite ils sont réglés ou oubliés. Le personnage de Louise est confronté certes, mais elle reste toujours plus spectatrice à mon avis de la tragédie des autres. C’est pourquoi ce personnage, qui se vaut d’être le premier rôle, semble le moins intéressant. Le côté tragicocomique se ressent uniquement dans les personnages secondaires, qui sont plus captivants. Toutefois, on passe d’un personnage à un autre et cet ensemble ne forme jamais un tout. Le personnage de la Duchesse par exemple, interprété par Laurent Paquin, fait son numéro musical et dès que la chanson est finie, son personnage arrête d’évoluer.

Les personnages les plus intéressants sont ceux de Lola Lee (interprétée par Hélène Bourgeois-Leclerc) et Betty Bird, la propriétaire d’un bordel en faillite (interprétée par Kathleen Fortin). D’ailleurs, la confrontation entre les deux personnages reste un des meilleurs moments du spectacle. Remplie d’humour et de vérités criantes, cette scène reflète les failles de chacune de ces femmes. Madame Fortin interprète magistralement cette femme au destin tragique, blessée par le temps et les déceptions de la vie. Hélène Bourgeois-Leclerc, malgré sa tendance à surjouer, a un réel plaisir d’interpréter ce personnage et son plaisir est contagieux pour nous, spectateurs. Parmi toutes les comédiennes, elle est celle qui a le plus d’aisance avec son corps que ce soit au niveau d’incarner physiquement son personnage ou de danser.   Quant à la nouvelle Marie-Andrée Lemieux, elle s’en tire bien. Elle possède de bonnes qualités de chanteuse. Puisque son personnage reste assez fade, elle fait de son mieux avec ce qu’elle a.   

La mise en scène de René-Richard Cyr est efficace dans son épuration. Par exemple, l’idée d’utiliser les chaises pour la chanson de la mère de Louise pour ensuite utiliser celles-ci comme bancs d’autobus au moment que Louise se dirige à Montréal est très ingénieuse et belle visuellement. De plus, le concept de créer une scène de cabaret sur la scène du TNM renforcit cette idée que les personnages de Tremblay ne sont que l’ombre d’eux-mêmes, toujours en représentation. D’ailleurs, le spectacle commence en force par la présentation des personnages saluant chacun à tour de rôle le public. Une mise en abîme fortement sympathique. De plus, dans ce spectacle, il y a davantage de danse durant les moments musicaux, contrairement aux « Belles Sœurs » qui ne faisait qu’interpréter la chanson dans une mise en scène très précise. Par contre, les chorégraphies manquent de précision et deviennent inégales, car ce ne sont pas tout tous les acteurs qui ont l’aisance et la technique pour danser. Toutefois, on pardonne facilement ce défaut, car si on vient voir la pièce de Tremblay, c’est pour voir du Tremblay, et non un spectacle de danse contemporaine.

« Demain Matin Montréal m’attend » reste tout de même une pièce fort divertissante par son humour cinglant dont seul Tremblay en connaît la recette. Dommage que la pièce n’est pas aussi poignante. On peut penser à la finale qui est très drôle certes, mais qui ressemble à une finale simplette de comédie musicale américaine sur Broadway.  Tout de même, le plaisir des comédiens est palpable et le nôtre l’est aussi. Une œuvre mineure de Michel Tremblay signé René-Richard Cyr, ça reste quand même du bon p’tit cocktail théâtral.  P’tit, mais toujours bon.

Jusqu’au 19 octobre 2017
Théâtre du Nouveau Monde
Site Web: http://www.tnm.qc.ca/piece/demain-matin-montreal-mattend/

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