5 choses à changer dans l’éducation pour en finir avec la culture du viol.

Parce que nous sommes tous concernés, nous pouvons tous agir.

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5 choses à changer dans l’éducation pour en finir avec la culture du viol.

Je suis une immigrante. Je vis depuis peu au Québec et j’avoue qu’à Montréal je me sens ultra safe. Fini le harcèlement de rue constant. Fini les stratégies d’habillement avec des leggins dans le sac ou une jupe longue-sac-à-patate à mettre par dessus ma tenue quand je sors un peu tard. Alors depuis quelques mois que je suis ici je croyais en avoir fini avec ces débats qui me semblaient venir d’un autre temps sur la «culture du viol» et… BIM dans ma face !

J’avais dû m’habituer — quelle horreur de dire cela — à l’ambiance hyper sexualisée du métro Parisien et ses harcèlements à tout bout de champ pour trouver Montréal tranquille. La découverte d’un site ressource pour prévenir les agressions sexuelles à Montréal ou encore l’existence d’un bureau d’intervention en matière de harcèlement à l’UQAM m’ont fait revenir à la dure réalité.

Et puis suite aux récentes sorties sur la culture du viol j’ai lu des commentaires tous plus horribles les uns que les autres sur les réseaux sociaux. Je me suis souvenue de témoignages de jeunes femmes et j’ai repensé à l’influence de notre éducation.

Quand l’éducation mène à subir un viol en silence… c’est pas mal ça la « culture du viol »

Je connais une jeune femme qui après s’être fait droguer à son insu en discothèque, s’est fait abuser par un « ami » alors qu’elle était inconsciente. Elle avait 19, s’était la première fois qu’elle allait en discothèque et n’avait en tête que de danser jusqu’au bout de la nuit dans ses jeans.

Elle a été éduquée selon les principes qu’une jeune femme doit «être modeste dans son habillement» pour «ne pas attirer l’attention et susciter le désir». Elle était terrorisée à l’idée d’avoir peut être provoqué une telle situation. «Quand tout dans l’attitude d’une femme dit oui si ensuite elle dit non c’est juste une allumeuse», «une salope quand elle cherche, elle trouve» et « tu as vu sa tenue ? Faut pas venir se plaindre ensuite» voilà le genre de remarques qu’elle entendait depuis son plus jeune âge. Pour rien au monde elle n’aurait voulu être une allumeuse ou une salope aux yeux de son père. Elle a gardé le silence, la honte se sentant coupable de son propre sort.

Il lui a fallu attendre 8 ans et une thérapie avec un psy pour prendre conscience que ce jour-là elle avait était victime d’un viol.

Changer l’éducation pour briser la culture du viol : 5 actions simples à mettre en œuvre.

La culture du viol ce n’est pas dire «tous les hommes sont des violeurs» loin, très loin de là. La culture du viol c’est insidieusement faire accepter et banaliser des actes qui engagent un processus dont la finalité pourrait aller jusqu’à une agression sexuelle voir un viol. Combattre la culture du viol ce n’est donc pas combattre seulement la partie visible de l’iceberg constituée de harcèlements et d’agressions, c’est défaire un système qui tend à nous faire accepter progressivement et pernicieusement des actes ou des propos pourtant inacceptables.

Comment chacun d’entre nous pourrait faire en sorte que, rendus à l’université, nos enfants n’aient jamais à se rendre au «bureau des harcèlements» ? Voici quelques idées d’actions à faire au quotidien avec nos minis. N’hésitez pas à compléter en faisant des propositions via les commentaires

1/ Changer la culpabilité de bord

S’en est assez que les femmes victimes d’agressions se sentent responsables et cette culpabilité c’est dès le plus jeune âge qu’on nous la met dans la tête.

Alors si Jules a regardé sous la jupe de notre petite fille, on ne dit pas : «Je t’avais pourtant dit de mettre un short sous ta jupe !!»

Mais plutôt : «Tu as raison d’être en colère. Et tu fais bien de m’en parler. Ne te laisse pas faire. Pour ma part je vais appeler les parents de Jules pour exprimer ta plainte. Si cela venait à se reproduire défends-toi et va prévenir l’enseignant ou le surveillant».

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2/ Éduquer nos garçons plutôt que de prémunir nos filles

Il y en a marre qu’à l’école ou ailleurs on nous demande ou conseille des choses pour «protéger» nos filles, comme mettre un short sous leurs jupes pour «éviter des situations compliquées» (si si véridique – c’est du vécu). Il est grand temps de s’en prendre aux attitudes des petits garçons et de leur apprendre que «non, c’est non» et qu’il est des attitudes inconvenantes.

3/ Être exemplaires

Par exemple, les «blagues» sexistes devant les enfants on oublie — et si on peut juste oublier tout court c’est pas mal non plus. Comment voulez-vous que notre petit Jules respecte les jeunes filles s’il entend depuis qu’il a 2 ans des blagues qui réduisent bien souvent les femmes à leurs fonctions sexuelles?

4/ Permettre à nos enfants de refuser n’importe quel contact physique

Votre petit loup ne veut pas faire de bisous à votre nouveau collègue ou même à mamie? Pourquoi l’y obliger? En l’obligeant à donner ou recevoir un bisou, on envoie le message que son corps ne lui appartient pas totalement. On peut dire bonjour sans faire de bisous et petit loup apprendra que c’est lui qui décide — et cela dans n’importe quel type de relation — pour son propre corps, qu’il ou elle a le droit de dire non et que son «non» est respecté.

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5/ Apprendre à nos petites filles à répondre et se défendre plutôt que baisser les yeux et fuir

On apprend aux petits garçons à répondre et se défendre et souvent à nos filles à baisser les yeux et fuir. Pourquoi? Les agresseurs ressentent et se servent de la peur. Cultiver cette peur met donc en danger nos filles.

Il ne s’agit pas de répondre à tort et à travers, mais répondre à un homme dans la rue qui se permet un commentaire ou un geste non souhaité, quand il y a du monde autour, ne comporte que très peu de risques. Il existe beaucoup de ressources sur le net pour savoir comment obtenir de l’aide dans une situation embarrassante ou encore comment répondre au harcèlement à l’instar de cet article.

Plus il y aura d’agresseurs qui se feront remettre à leur place, plus il y a de chances qu’ils hésitent la fois suivante. Réagir ainsi aux «petites» agressions contribue à limiter voir stopper la progression vers des actes plus lourds.

3 COMMENTAIRES

  1. Merci Cindy de nous ramener à ces évidences qui parfois nous échappent. Nous avons la responsabilité en tant que parents et comme citoyens et citoyennes de participer activement à la transformation de notre environnement. Cela commence par le choix de nos réactions de tous les jours et ce les uns envers les autres afin que s’effectue les changements culturels attendus. Ce n’est pas toujours facile, mais osons s’affirmer!

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